De l’insuline en pilule / Insulin pill

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Plus d'information sur l'image N’existe-t-il pas une alternative moins douloureuse aux piqûres d'insuline? (AFP)

© ROLF VENNENBERND

 

Nathalie Jollien

Publié mardi 30 août 2016 à 00:18.

 

PHARMACEUTIQUE

 

De l’insuline en pilule

 

Des chercheurs américains ont développé une pilule d’insuline, encore en phase de tests. Cette nouvelle forme de traitement pourrait remplacer les injections quotidiennes des diabétiques.

 

Au moins une piqûre de seringue par jour pour recevoir de l’insuline, tel est le quotidien de plus de 400 millions de personnes diabétiques à travers le monde. N’existerait-il pas une alternative plus pratique et moins douloureuse? Des chercheurs de l’Université de Niagara aux États-Unis se sont penchés sur la question. Ils ont développé une pilule d’insuline qu’ils ont présentée le 24 août lors de la 252e réunion de la Société américaine de chimie à Philadelphie.

 

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt? «Cela fait plus de trente ans que le principe est étudié, sans succès jusque-là», annonce Jacques Philippe, chef du service de diabétologie à l’Hôpital universitaire de Genève. Le problème majeur est que l’insuline est dégradée dans l’environnement acide de l’estomac et n’est pas absorbée par la membrane intestinale.

 

Au moins une piqûre de seringue par jour pour recevoir de l’insuline, tel est le quotidien de plus de 400 millions de personnes diabétiques à travers le monde. (CC Andres Rueda)

 

Le principe développé par l’équipe de Mary McCourt, membre du laboratoire de recherche américain, paraît bien simple: «Nous utilisons de petites vésicules qui encapsulent l’insuline, selon un principe que nous avons développé antérieurement, le Cholestosome.» L’insuline est donc enrobée par une couche d’esters lipidiques, des molécules qui composent les graisses. Une fois avalées, ces capsules peuvent traverser l’estomac sans se faire dégrader et être ensuite absorbées par les intestins. De là, elles passent dans le flux sanguin, pour être ensuite assimilées par les cellules. Pour l’heure, il ne s’agit que de résultats préliminaires obtenus chez le rat, mais les tests montrent que l’insuline est bien arrivée à destination.

 

Indispensable à la survie

 

Naturellement produite par le pancréas, l’insuline est une hormone essentielle à la régulation du taux de sucre dans le sang. Après un apport alimentaire, quand du sucre circule en quantité dans le sang, l’insuline favorise son utilisation et son stockage par les cellules.

 

Or, les personnes diabétiques souffrent d’une insuffisance en insuline. «Sans cette hormone, le corps ne peut pas survivre», indique David Beran, chercheur rattaché au Centre facultaire du diabète de l’Université de Genève. Depuis la découverte de l’insuline en 1921, les diabétiques peuvent en recevoir un apport externe. Que ce soit sous forme d’injection quotidienne par seringue ou par une pompe à insuline (réservoir d’insuline apposé sur la peau du patient), le traitement est toujours douloureux et fastidieux.

 

Les pompes à insuline sont reliées à un cathéter sous-cutané. (CC Alden Chadwick)

 

Sur le principe, ces pilules d’insuline pourraient réellement apporter un confort de vie aux personnes diabétiques. Mais il reste encore beaucoup d’inconnues. «Qu’en est-il du dosage? interroge Jacques Philippe. L’insuline est une hormone qui demande une régulation complexe. Il est indispensable de pouvoir constamment moduler son taux, en fonction de l’apport alimentaire et de l’activité physique du patient.» Avec ces pilules, il faudrait savoir exactement en quelle quantité, quand et pour combien de temps l’insuline est présente dans le sang.

 

«De plus, si elle est régulièrement absorbée au niveau du tube digestif, il y a des risques que le corps produise des anticorps pour s’en protéger. Cela bloquerait potentiellement l’effet de l’insuline, même de celle produite naturellement par le corps», indique le médecin.

Inhalateur cancérigène

 

Ce n’est pas la première fois que des solutions alternatives à la prise d’insuline sont proposées. L’inhalateur à insuline Exubera a notamment été commercialisé de 2006 à 2008. Puis, il y a eu l’Afrezza de 2015 à avril 2016, une version plus petite et pratique. Faute de succès, selon la version officielle, ces inhalateurs ont très vite été retirés du marché. Ils sont surtout suspectés d’être cancérigènes. «Il existe un problème de sécurité à long terme. On ne connaît pas le risque potentiel de développement de cancers du poumon chez les sujets à risque, par exemple les fumeurs, explique François Jornayvaz du service de diabétologie du CHUV à Lausanne. Afin d’avoir une concentration sanguine suffisante, les doses d’insuline à inhaler doivent être très élevées pour obtenir le même effet qu’une injection sous-cutanée.

 

Or, l’insuline a un rôle de facteur de croissance.»

 

Au-delà des recherches de l’Université américaine de Niagara, Mary McCourt indique que des pilules à insuline, à prise orale, sont également en cours de développement dans cinq firmes (notamment les sociétés Rhani Therapeutics et Oramed, ou encore le géant pharmaceutique Novo Nordisk). François Jornayaz est optimiste: «La firme israélienne Oramed semble être à un stade de développement relativement avancé. Peut-être qu’une version commercialisable verra le jour dans une dizaine d’années.»

 

Et la demande sera grande. Il faut dire que le diabète représente un énorme marché. «La Fédération internationale du diabète estime qu’il y a 415 millions de personnes diabétiques au niveau mondial, dont environ 500 000 en Suisse, indique David Beran. Et ces chiffres ne vont aller qu’en augmentant. Ils seraient 642 millions en 2040!» Cette augmentation viendrait principalement des pays émergents, où l’obésité serait en hausse (90% des cas de diabète sont liés à l’obésité). En ce qui concerne la Suisse, on peut citer le vieillissement de la population, qui serait un des facteurs entraînant l’augmentation du nombre de diabétiques.

 

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Research

More information about the image Is not there a less painful alternative to insulin injections? (AFP)

© ROLF VENNENBERND

 

Nathalie Jollien

Published Tuesday, August 30, 2016 at 00:18.

PHARMACEUTICAL

Insulin pill

 

US researchers have developed an insulin pill, still in the testing phase. This new form of treatment could replace daily injections diabetics

 

At least one needle stick per day to receive insulin, is the lives of more than 400 million diabetics worldwide. Do not there be a more convenient and less painful alternative? Researchers at Niagara University in the US have addressed the issue. They developed an insulin pill they presented Aug. 24 at the 252nd meeting of the American Chemical Society in Philadelphia.

 

Why not have thought of before? "For over thirty years that the principle is studied, without success so far," says Jacques Philippe, head of the diabetes service at the University Hospital of Geneva. The major problem is that insulin is degraded in the acid environment of the stomach and is not absorbed by the intestinal membrane.

 At least one needle stick per day to receive insulin, is the lives of more than 400 million diabetics worldwide. (CC Andres Rueda)

 

The principle developed by the team of Mary McCourt, a member of the American research laboratory, seems simple: "We use small vesicles that encapsulate insulin, according to a principle that we developed previously, the Cholestosome." Insulin is coated with a layer of lipid esters, molecules that make up fat. Once swallowed, these capsules can pass through the stomach without being degraded and then be absorbed by the intestines. From there, they pass into the blood stream and then be assimilated by the cells. For now, there is only preliminary results obtained in rats but tests show that insulin has arrived at its destination.

 

Essential to survival

 

Naturally produced by the pancreas, insulin is a hormone essential in the regulation of sugar levels in the blood. After food intake, when sugar circulates in an amount in the blood, insulin promotes its use and storage by the cells.

 

However, people with diabetes suffer from insulin deficiency. "Without this hormone, the body can not survive," says David Beran, researcher at Faculty Diabetes Center at the University of Geneva. Since the discovery of insulin in 1921, diabetics can receive an external input. Whether in the form of daily injection by syringe or an insulin pump (insulin reservoir affixed to the patient's skin), treatment is always painful and tedious.

Insulin pumps are connected to a subcutaneous catheter. (CC Alden Chadwick)

 

In principle, these insulin pill could actually make a comfortable life for people with diabetes. But there are still many unknowns. "What about the dosage? Jacques asks Philip. Insulin is a hormone which requires a complex control. It is essential to constantly adjust its rates, depending on dietary intake and physical activity of the patient. "With these pills, it would know exactly how much, when and for how much insulin is present in the blood.

 

"Moreover, if properly absorbed from the digestive tract, there are risks that the body produces antibodies to protect themselves. This potentially block the effect of insulin, even that produced naturally by the body, "the doctor says.

carcinogenic inhaler

 

This is not the first time alternatives to taking insulin are available. The insulin inhaler Exubera was notably marketed from 2006 to 2008. Then there was the Afrezza 2015 to April 2016, a smaller and practical version. Without success, according to the official version, these inhalers were quickly removed from the market. They are mostly suspected carcinogens. "There is a long-term security concern. It is not known the potential risk of lung cancer developing in patients at risk, such as smoking, says François Jornayvaz of diabetology service CHUV in Lausanne. In order to have a sufficient blood levels, insulin dose inhaler must be very high to get the same effect as a subcutaneous injection. However, insulin has a role of growth factor. "

 

Beyond the research of the American University of Niagara, Mary McCourt says insulin pill, taken orally, are also being developed in five companies (including companies and Rhani Therapeutics Oramed, or the pharmaceutical giant Novo Nordisk). François Jornayaz is optimistic: "The Israeli firm Oramed seems to be at a relatively advanced stage of development. Perhaps a marketable version will come in ten years. "

 

And the demand will be. It must be said that diabetes is a huge market. "The International Diabetes Federation estimates that there are 415 million diabetics worldwide, including approximately 500,000 in Switzerland, says David Beran. And those numbers will only increase. They would be 642 million in 2040! "This increase would come mainly from emerging countries, where obesity is on the rise (90% of cases of diabetes are related to obesity). As regards Switzerland include the aging of the population, which would be one of the factors leading to increased number of diabetic.

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